#2
l'INFERTILITÉ
INEXPLIQUÉE

raconter

AMICIE

« J’ai 35 ans, et je suis avec Etienne depuis presque 8 ans. Je dirais que je suis fonceuse, parfois très cash, et en même temps pudique! Il y a 5 ans, nous avons décidé que nous étions prêts à avoir un enfant. Quelle claque lorsqu’un médecin nous a annoncé que cela serait compliqué pour nous! Et nous étions à 1000 lieux de nous imaginer ce qui nous attendait… »

DANS CET ÉPISODE

AMICIE NOUS LIVRE À COEUR OUVERT SON PARCOURS DU COMBATTANT DANS LES DÉDALES DE LA PMA

Elle nous raconte avec pudeur le chemin parcouru depuis le choc du diagnostic de l’infertilité inexpliquée. Elle nous dit les années d’espoirs, d’échecs, d’ascenseurs émotionnels, d’épuisement moral, de combat contre l’inexplicable stérilité. Un parcours cabossé vers la maternité qui a fait voler en éclat tous ses idéaux et lui a permis de reconstruire sa vie, à sa façon.

SOUTENIR

les ACCOMPAGNANTS

Étienne

Etienne est le mari d’Amicie. Dans cet épisode, il nous raconte comment il a lui même traversé l’épreuve de l’infertilité. Il nous explique le cataclysme qu’a représenté le diagnostique pour lui, son combat pour soutenir Amicie dans le parcours PMA, les incompréhensions au sein de leur couple, la tristesse de ne rien pouvoir faire de plus. 

 

« Je voulais être la personne qui était positive pour soutenir Amicie et en fait c’était contre productif. Parce que c’est comme si je n’acceptais pas moi-même la difficulté qu’on traversait »

 

Mais il nous raconte aussi comment, avec le temps, l’horizon s’est petit à petit éclairé.

A travers le long cheminement qu’ils ont fait ensemble, ils ont peu à peu décidé de réinventer leur vie et imaginé un itinéraire bis de la maternité : celui de l’adoption.

Eve Muller

Eve Muller est gynécologue obstétricienne spécialisée dans la médecine de la reproduction.

Dans cet épisode, elle décrit en détail les différentes étapes de la PMA, les recherches et bilans pour trouver la cause du problème, et explique comment elle en est arrivée au diagnostique d’infertilité inexpliquée pour Amicie et Etienne.

 

 

« Il faut faire très attention, il faut savoir où sont ses limites et quand on voit qu’on n’arrive plus bien à accompagner le couple, qu’on a plus la phrase qu’il faut, je préfère les adresser à un psychologue pour qu’ils reprennent un travail. »

 

Elle explique aussi à quel point la vie de ses patientes est réglée par la PMA, et aborde avec délicatesse la notion du lâcher-prise, et le besoin d’un accompagnement psychologique au delà d’un certain point.  

Écriture, réalisation et montage

Fanny de Font-Réaulx & Anna N'Diaye

intervenantes

Eve Muller, gynécologue obstétricienne spécialisée dans la médecine de la reproduction, et Étienne, le mari d'Amicie

design sonore

Raphaël Aucler / Studio Arigato

MUSIQUE ORIGINALE

Arigato Massaï

COMÉDIENS

Vanessa Koutseff (la pharmacienne), Stanislas Perrin (le gynécologue).

la production

Qui a contribué à ce podcast?

EXTRAITS DE L'ÉPISODE

Je suis de nature à vouloir, quand je veux quelque chose je m’y mets à fond et c’est vrai qu’on s’est lancés pas mal à corps perdu dans le … dans la PMA.

 

On appelle ça un parcours du combattant et c’est pas pour rien parce que c’est vraiment un parcours qui est long, qui est difficile psychologiquement comme physiquement.

 

En gros pour être un peu cru tu écartes les jambes devant la terre entière. Donc tu vas chez un premier médecin qui est spécialiste de l’échographie pelvienne, ensuite tu vas chez un deuxième médecin qui va te faire un IRM, ensuite tu vas chez un troisième médecin qui va te faire cette, ce fameux test là, je sais même plus comment il s’appelle ou on t’injecte du liquide dans les trompes donc c’est hyper désagréable, ca fait mal, donc déjà dans ton corps ca fait mal.

 

On avait donc décidé de passer à l’étape supérieure qui est la fécondation in vitro qui là effectivement consiste à directement favoriser la rencontre du spermatozoïde dans l’ovocyte. Donc là c’est une technique qui est un peu plus intrusive pour les patiente en l’occurrence. Avec des stimulations qui sont plus importantes en terme de dose. Et donc le passage en FIV s’est passé très facilement et très naturellement.

 

Donc ça c’est hyper lourd aussi pour le corps, l’anesthésie générale. Et en plus moi je suis assez hypocondriaque donc le réveil de l’anesthésie générale c’est toujours un peu compliqué. C’est à dire que je me fais des angoisses pour rien parce que je suis pas bien  parce que j’ai mal au ventre parce que je suis dans le coltard, donc c’est assez désagréable.

 

Et plus les FIV ont avancé et plus j’ai détesté cette ce post opération.

Alors au total on a fait 4 FIV, donc la première on a eu un seul embryon. Moi j’avais hyper confiance, je me suis dit attend c’est sur la première ca va marcher. Hé bah non. 

Sur les 8 ovocytes qu’on m’a enlevés, il y en a 1 seul qui a tenu. Bref, donc on a réimplanté et ca n’a pas marché. 

La deuxième FIV qu’on a fait on n’a même pas eu d’embryons. Grosse désauce. 

Et ensuite on a refait deux autres FIV. On a eu 3 embryons. Donc on en a reimplanté un ca n’a pas marché. On a congelé les deux autres, on les a réimplantés deux ou trois mois après. Ca n’a pas marché. 

Et la dernière FIV, ca n’a pas marché non plus.

 

C’était obsessionnel, je pensais à ça matin, midi et soir, je me réveillais le matin, je pleurais, dans le métro je repartais le soir, je pleurais dans le métro, de temps en temps j’allais pleurer aux toilettes au bureau, je ne pensais qu’à ça.

 

Mais je pense qu’aussi au bout d’un moment tu fais un peu le deuil, de voilà, de ce gros ventre et puis t’avances quoi, et puis t’acceptes aussi qu’elles ont eu ce que tu ne peux pas avoir…

 

Etienne j’ai perdu ma joie de vivre, j’ai perdu ma joie de vivre, j’ai perdu tu vois… j’ai plus envie de rien faire 

 

Pendant 2 ans je pense que j’étais hyper terne, enfin moi je me voyais hyper terne et en fait ça m’a vachement travaillé, ça m’a vachement fait mal. J’ai plus… genre par exemple, truc débile, avant j’adorais refaire mon appartement toutes les 30 minutes, donc tout changer, tout réorganiser et là pendant 2 ans j’étais là, j’avais plus envie de rien faire. Franchement mais plus envie de rien faire, pas de motivation pour sortir le week end, pas de motivation pour… pour voir des copains, pas de motivation pour refaire cet appart, pas de motivation pour avancer dans voilà…  

Je broyais du noir en permanence.

 

Ça te permet de déconstruire qui tu es, ça te permet de déconstruire ton couple, ça permet de déconstruire tous tes idéaux et de reconstruire un truc qui est vraiment à toi, et qui est même probablement plus à toi que si ça ne t’étais pas arrivé, ou tu te serais jamais posé… en fait ben voilà la voie toute tracée où tu t’es jamais posée la question. Et ça, c’est un truc aussi qui nous a vachement plu avec Etienne, parce qu’on s’est dit attend t’imagines la chance qu’on a de pouvoir réinventer notre vie, c’est quand même génial. C’est quand même, ça t’ouvre des portes immenses, du coup je me suis teint les cheveux en rose depuis.

Moi j’ai essayé de soutenir Amicie dans ces parties là, en accompagnant à tous les rdv de médecins et en suivant très précisément les prescriptions qu’elle devait faire ou les piqûres qu’elle devait faire. Puis en accompagnant aussi plus psychologiquement, en essayant d’être celui qui tient le cap quoi, celui qui reste optimiste, celui qui essaye de garder de l’espoir en espérant, c’est un peu naïf, mais en espérant que ca fera changer les choses.

 

Ce qui me paraît absolument fondamental, c’est… même si c’est pas facile, c’est de faire confiance. 

Le seul moyen de limiter les frustrations d’un côté comme de l’autre c’est de faire confiance aveuglément à ce qui est dit. Et l’accepter même si, même si c’est chiant, même si on n’a pas envie que ca se passe comme ca, meme si ça doit être jugé par les autres. 

 

 

Moi ce qui m’a fait le plus de bien c’est de sentir ce qu’Amicie vivait. C’est plus des mots, c’est des réactions physiques de témoignages de gens qui expliquent ce qu’ils vivent.  Et ça vous prend , ça vous prend aux aux tripes quoi. Et Ca été un choc pour moi aussi parce que je me suis rendu compte que c’était une réalité quoi ca y est, y avait pas de… voilà on n’arrivait pas à avoir d’enfant, on n’en aurait peut-être pas. Ca y est c’était notre réalité quoi. Alors maintenant qu’est ce qu’on en fait ? bah on peut envisager d’autres choses, d’autre projets. 

 

Comment tu peux faire autrement si t’arrives pas à avoir d’enfant, voilà comment tu sors de cette situation, comment tu peux être fécond autrement avec pleins de pistes de réflexions qui sont très personnelles à chacun. Ça peut être l’adoption, ça peut être le fait de s’occuper d’enfants, des familles d’accueil, ça peut être aussi juste le fait de s’occuper d’autrui, t’as des couples aussi qui peuvent se rendre compte ben qu’en fait ils sont bien ensemble et ils peuvent au final s’imaginer une vie sans enfants même si c’est difficile.

On fait donc un premier bilan. Un premier bilan classique qui consistait à évaluer la réserve ovarienne d’Amicie. Par une prise de sang et une échographie des ovaires réalisée en tout début de cycle et l’analyse de sperme de son mari qui est donc effectuée par recueil. 

Au vue des résultat de ces premiers examens, on n’a pas retrouvé d’anomalie, pas retrouvé d’anomalie expliquant leur infertilité ce qui est un cas de plus en plus fréquent puisqu’on est quasiment à 25% d’infertilité inexpliquée.

 

Quand je leur ai proposé au départ des insémination intra utérine, ils ont été d’accord tout de suite et on a fait trois cycles très rapidement.

 

Puis, le passage en FIV s’est passé très facilement et très naturellement. 

 

On avait donc décidé de passer à l’étape supérieure qui est la fécondation in vitro qui là effectivement consiste à directement favoriser la rencontre du spermatozoïde dans l’ovocyte. Donc là c’est une technique qui est un peu plus intrusive pour les patiente en l’occurrence. Avec des stimulations qui sont plus importantes en terme de dose.